L’oraison funèbre

Le Littré définit l’oraison funèbre ainsi : discours d’éloge, prononcé après la mort d’un personnage. Dans cette définition claire et brève, trois éléments simples se révèlent essentiels, qu’il est sans doute utile, pour commencer notre réflexion, de préciser : d’abord comme l’indique l’étymologie même du mot oraison (du latin orationem, venant du verbe orare, signifiant parler), l’oraison funèbre est nécessairement prononcée, et en public ; ensuite, il ne s’agit point d’un discours neutre, d’un discours objectif, puisque l’orateur doit toujours prendre le parti du défunt et qu’il s’agit nécessairement d’un discours d’éloge, et ce qui explique pourquoi l’oraison funèbre se confond avec l’éloge funèbre ou l’eulogie ; enfin, et c’est ce qui fait la spécificité de l’oraison funèbre, ce dernier adjectif renvoyant aux funérailles, le discours d’éloge n’est pas prononcé alors que l’individu en question est encore en vie, et s’adresse donc, lors d’une cérémonie solennelle, à des personnes encore vivantes. Ces éléments peuvent sembler aller de soi ; et pourtant, lorsqu’on y pense sérieusement, il y a de quoi s’étonner : pourquoi les discours prononcés à la mort de quelqu’un doivent-ils nécessairement être élogieux, la plupart du temps au détriment de la vérité historique ? Pourquoi attend-on généralement la mort d’un homme de mérite pour en faire l’éloge ? Pourquoi cet éloge est-il public, et quel intérêts politiques se cachent derrière celui-ci ? D’ores et déjà nous constatons que l’oraison funèbre n’est pas une notion simple et qu’elle est composée d’une pluralité d’aspects, allant de la rhétorique à la politique, de la mort à la religion ; et c’est cette complexité posant problème qui nous invite à décomposer les différentes articulations de l’oraison funèbre ainsi qu’à cerner son unité derrière les éléments divers et différents qui la composent. Pour conduire cette recherche, nous irons du plus évident au plus imperceptible, de la surface à la profondeur ; ainsi, nous commencerons, dans un premier temps, par nous interroger sur l’aspect formel de l’oraison funèbre, en tant qu’elle est une pièce d’éloquence et de rhétorique ; par suite, nous essayerons de dépasser ce premier niveau pour comprendre les enjeux politiques et moraux de l’oraison funèbre ; enfin, dans le but d’en saisir le sens fort, le sens profond, nous nous interrogerons sur la purification de l’homme qui est à l’œuvre dans l’oraison funèbre. Par là, nous découvrirons peut-être la raison d’être de l’oraison funèbre.

L’oraison funèbre est d’abord un exercice rhétorique, obéissant à des règles précises, quoiqu’elles puissent évidemment évoluer selon l’époque et l’auteur ; et derrière la grande variété des oraisons funèbres, il y a une unité formelle qui nous permet de distinguer les oraisons funèbres des autres genres de discours, qui nous permet de regrouper sous la même catégorie les discours célèbres de Périclès, de Démosthène, de Grégoire de Nysse, de Bossuet ou de Malraux. C’est précisément parce qu’il s’agit d’un exercice rhétorique réglé et prévisible que Platon, dans dialogue Ménéxène, se moque, en bon ennemi de la rhétorique, des oraisons funèbres et de ceux qui les prononcent : il fait dire à Socrate que toutes les oraisons funèbres sont préparées, même lorsqu’elles ont l’air d’être improvisés ; qu’il n’y a rien de plus facile que de se faire un renom en faisant un éloge que tous approuvent ; que presque tous les hommes, même ceux qui n’ont pas reçu une grande instruction, peuvent réussir cette exercice une fois qu’ils en connaissent les règles, les « ficelles ». Socrate résume ainsi les objectifs que doit se fixer l’orateur pour faire une bonne oraison funèbre : « Il y a donc besoin d’un discours capable, et de louer convenablement ceux qui sont morts, et, d’autre part, de donner avec bienveillance des conseils à ceux qui vivent, en exhortant et les fils comme les frères, à imiter la vaillance de ces hommes-là ; et, d’autre part, pour ce qui touche aux pères, aux mères, à des ascendants plus éloignés s’il en reste encore, en adressant à ceux-ci des consolations. » De fait, ce qui est assez remarquable, presque toutes les oraisons funèbres que nous connaissons obéissent à ces exigences-là. Dans la suite du dialogue, pour démontrer la thèse selon laquelle l’oraison funèbre est un exercice simple et facile de rhétorique, Platon fait prononcer à Socrate une parodie d’oraison funèbre, contenant autant de lieux communs que d’erreurs historiques, mais respectant parfaitement les règles du genre : glorification des ancêtres nobles, célébration des actions glorieuses des défunts, exhortation à les imiter, et consolation à la famille. Ainsi, même si ce point de vue est sans doute limité, il nous fait passer par celui-ci, et d’abord définir l’oraison funèbre par sa forme, que Platon, dans sa critique, a adéquatement déterminé.

Mais nous ne comprendrons jamais les finalités de l’oraison funèbre si nous occultons le fait qu’elles sont destinées à être déclamées par un orateur et entendues par une foule. Les oraisons funèbres, comme la plupart des discours, perdent leur sens originel si l’on oublie le contexte dans lesquelles elles sont prononcées ; et c’est ce que nous avons tendance à faire lorsque nous les lisons, seuls, silencieux, dans notre chambre. Aussi, il n’est pas utile de rappeler que les fameuses Oraisons Funèbres de Bossuet ne furent publiées qu’après sa mort, que le recueil que nous connaissons n’était pas destinée à la publication, et qu’il s’agit de textes que Bossuet apprenait par cœur afin de pouvoir les déclamer en public. L’oraison funèbre fait d’abord intervenir tout le potentiel de la voix humaine, elle se sert des puissances de la parole, de la puissance des gestes aussi, et le ton avec lequel le discours est prononcé compte tout autant que les figures de style du texte. Dans l’oraison funèbre, l’orateur doit toujours prendre un ton élevé et noble ; il doit communiquer de l’émotion à la foule, mais une émotion digne de la solennité de la cérémonie, une émotion qui élève ; il est toujours proche de l’emphase, et tel discours peut nous sembler pompeux et emphatique à l’écrit, et, au contraire, nous soulever d’émotion si nous l’entendons. Il y a toujours quelque chose qui nous manque lorsque nous lisons les oraisons funèbres, c’est l’aura de l’orateur, c’est la cérémonie et la foule. Le célèbre discours d’André Malraux prononcé pour le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, puisqu’il a été enregistré, nous permet d’entendre et de voir l’orateur, différence radicale avec les oraisons funèbres du passé ; là, nous sentons la puissance de la voix, l’importance du ton ; nous sommes saisis par la solennité de la cérémonie, par ces hommes debout qui écoutent la tête haute ou basse, par le Chant des partisans qui insensiblement s’élève avant la fin du discours, puis fortement retentit après que Malraux eut dit que « ces lèvres qui n’avaient pas parlées, ce jour là, elles étaient le visage de la France. »

Dans l’oraison funèbre, l’orateur peut montrer toute la puissance de la rhétorique ; il joue de mille effets divers, suscite l’émotion avec des phrases fortes et habiles, se sert de l’enthousiasme contagieux des foules ; maître de son public, il le mène aux sentiments qu’il veut faire partager ; son pouvoir est grand. Cette force de l’orateur déclamant une oraison funèbre, Socrate l’exprime bien au début du Ménexène « Cette impression de majesté dure chez moi plus de trois jours ! Le discours continue à ce point de résonner en moi, les accents qui viennent de l’orateur sont entrés si profond dans mes oreilles, que c’est à peine si, le quatrième ou cinquième jour, je me ressouviens qui je suis et prends conscience du lieu de la terre où je me trouve ! Jusque-là, c’est tout juste si je ne me prends pas pour un habitant des Iles des Bienheureux, tant sont adroits nos orateurs ! ». On comprend pourquoi Platon ironise sur la puissance des rhéteurs, et s’en méfie ; en maîtrisant l’art de la parole, ils peuvent manipuler la foule, s’ils le souhaitent ; et même si l’oraison funèbre ne semble pas communiquer des sentiments dangereux, il est frappant d’observer comment l’émotion peut envahir un auditoire dès lors qu’il est nombreux, et imperceptiblement ancrer des idées dans une foule. L’orateur, pour le besoin de la cause, altère la réalité de l’histoire ; il ne se soucie que très peu des faits, et l’éloquence et la persuasion se dispensent très bien de la vérité. On comprend pourquoi un esprit aussi sceptique que celui de Voltaire ait pu dire, dans Le siècle de Louis XIV « Quand on lit son oraison funèbre [de le Tellier, par Bossuet], et qu’on la compare avec sa conduite, que peut-on penser, sinon qu’une oraison funèbre n’est qu’une déclamation ? ». L’oraison funèbre n’est donc pas un jugement objectif et juste sur une personne ; ses finalité sont tout autres ; et ce sont ces finalités, que servent l’éloquence de l’orateur, qu’il nous faut désormais éclaircir.

L’oraison funèbre, nous l’avons vu, en tant qu’elle est une pièce de rhétorique, peut susciter de grandes émotions, et influencer un auditoire. Mais vers quoi ces émotions sont-elles dirigées et quelles idées l’orateur souhaite inspirer à la foule ? Les premières oraisons funèbres, celles de l’antiquité grecque, nous l’indiquent plus que les suivantes : elles ont essentiellement un but politique. Cela est d’autant plus visible lorsque qu’on s’intéresse aux personnes faisant l’objet d’une oraison funèbre : ce sont toujours des hommes célèbres, ayant joué un grand rôle dans la vie publique ; ainsi Périclès célèbre les soldats morts au combat, Bossuet exalte les actions du Grand Condé, et Malraux glorifie le sacrifice du chef de la Résistance, Jean Moulin. Ce ne sont pas des personnes particulières dont l’orateur fait l’apologie, mais des personnes que tous les citoyens connaissent parce qu’ils ont joué, d’une manière ou d’une autre, un rôle éminent dans la vie politique de l’État. Dans l’oraison funèbre de Périclès, rapportée par Thucydide dans la Guerre du Péloponnèse, l’éloge de la cité athénienne et de ses principes est ce qui frappe le plus ; les exploits guerriers sont vantés tout comme l’égalité des citoyens au cœur de la démocratie athénienne ; le goût de la liberté et la beauté sont célébrés ; toutes les vertus semblent être l’apanage des athéniens, et Périclès va jusqu’à dire, dans cette formule restée célèbre : « En un mot, je l’affirme, notre cité dans son ensemble est l’école de la Grèce ». L’apologie d’Athènes est trop intéressée et trop hyperbolique pour ne pas être jugée excessive par les amis de la vérité ; il faut être naïf pour croire que les athéniens sont aussi parfaits que Périclès le proclame ; ici comme ailleurs, l’exigence rigoureuse de vérité cède devant les intérêts de la cité. D’ailleurs, Platon n’accorde t-il pas, dans sa République, le droit de mentir aux dirigeants de la cité ? Pour autant, il ne s’agit pas ici d’une grossière propagande ; il s’agit plutôt d’une fervente exhortation pour tous les citoyens à aimer sa patrie, à croire en ses forces, le but étant de célébrer le meilleur de la cité pour que celle-ci puisse s’affermir et se fortifier. De même, Anatole France, dans son éloge funèbre d’Émile Zola, célèbre l’œuvre, bien sûr, mais également le courage dont il a su faire preuve dans l’affaire Dreyfus, courage qui a rehaussé la France jusqu’à sa dignité et qui a donné aux Français un nouvel élan vers le devoir de justice. L’oraison funèbre n’est pas seulement l’éloge d’un grand personnage, c’est également et surtout l’éloge d’un citoyen, éloge qui inclut la patrie tout entière. Marmontel dit très bien : « L’impression que font sur les âmes de grands exemples retracés avec une vive éloquence, sont les principes d’utilité sur lesquels a été fondé dans tous les temps l’usage des oraisons funèbres. » L’État a besoin de ces éloges ; il serait trop facile de les mépriser au nom de la vérité.

Le christianisme a donné un nouvel aspect à l’oraison funèbre que ne pouvait pas avoir celles de l’antiquité ; avec les orateurs chrétiens, l’oraison funèbre prend un sens moral. Cela est tout à fait visible chez Bossuet, où les vertus personnelles, qui ne sont pas utiles à la patrie, prennent une grande importance ; plus encore que le courage, c’est la piété, c’est la simplicité des mœurs, c’est la modestie qui est célébrée. Le but de l’oraison funèbre est alors de fournir aux auditeurs un modèle émouvant de bonne vie chrétienne ; il faut inciter les hommes à suivre l’exemple que constitue la vie décrite par l’orateur. Bossuet, à la fin de l’une de ses oraisons résume bien cet objectif : «  Quel fruit faut-il tirer de ce discours ? Ah ! Messieurs, je ne suis monté en cette chaire que pour vous proposer ses vertus pour exemple. Heureux seront ceux qui vivront comme il a vécu ! Heureux seront ceux qui pratiqueront les vertus qu’il a pratiquées ! Heureux seront ceux qui mépriseront les charges et les titres que le monde recherche ! Heureux seront ceux qui retranchent les choses superflues ! Heureux seront ceux qui ne s’enivrent pas de la fumée du siècle ! Heureux seront ceux qui ne vont pas se plonger dans la boue des plaisirs du monde ! » Ces puissantes exhortations ne peuvent être efficaces que si la vie de l’homme dont on fait l’éloge a été, au préalable, épuré de tous ses péchés ; pour qu’un modèle morale soit constitué, il faut, encore une fois, brusquer la vérité des faits, pour élever la personne jusqu’au rang d’exemple à suivre. Les oraisons funèbres de Bossuet complètent ses sermons ; la finalité de ces discours est la même : élever la foule, grâce à un style sublime, jusqu’à la grandeur de la vie chrétienne.

Par suite, les oraisons funèbres, envisagées de ce point de vue, prennent également un sens religieux qui n’est pas à négliger. La mort de quelqu’un, a fortiori si cette personne est célèbre, permet d’insister sur la vanité de tous les honneurs, et sur la nécessité d’acquérir un véritable mérite, qui n’est pas le mérite que l’on acquiert sur la terre, mais aux cieux, après la mort. Bossuet cite sans cesse l‘Ecclésiaste pour appuyer son propos, car il veut montrer que tout ce qui est sur la terre est soumis au même destin, il veut écraser le genre humain en lui montrant son sort inévitable : « Je veux dans un seul malheur déplorer toutes les calamités du genre humain, et dans une seule mort faire voir la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines. » Mais Bossuet écrase l’homme dans le seul but de lui faire voir comment il peut s’élever, par la vie vertueuse et par la vie spirituelle ; et c’est en rappelant l’immortalité des âmes, c’est en répétant que les justes seront sauvés par Dieu qu’il console les hommes émus par la mort, parfois soudaine, d’une personne de valeur. L’oraison funèbre est par là,une leçon de religion ; et il faut sans doute s’interroger sur le sens profondément religieux de l’acte consistant à ne retenir, après la mort de quelqu’un, d’oublier ses défauts pour n’en retenir que les qualités.

L’oraison funèbre oscille sans cesse entre la grandeur de l’homme, par l’apologie qui en est fait, et la misère de l’homme, par son néant qui lui est rappelé. En lisant Bossuet, on ne peut s’empêcher de penser à Pascal : « S’il s’abaisse je le vante, s’il se vante je l’abaisse, et le contredis toujours, jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il est un monstre incompréhensible ». Grandeur de l’homme de mérite qui s’est battu pour sa patrie ; misère du même homme qui, malgré ses vertus, meurt prématurément au combat. Grandeur d’Henriette d’Angleterre, duchesse d’Orléans, qui, malgré sa jeunesse, unissait toutes les qualités et promettait le meilleur pour l’avenir ; misère d’Henriette, arrachée soudainement à la vie sans qu’elle le méritât : « Madame se meurt ! Madame est morte ! ». Et pourtant, en fin de compte, ce n’est pas la tristesse qui domine les oraisons funèbres, mais la majesté, la dignité, la grandeur ; tout se passe comme si la puissance de l’art oratoire et de la commémoration engendrait une élévation non seulement du mort, mais également du vivant pensant à celui-ci. C’est que derrière le mort se trouve l’homme rendu en quelque sorte immortel par le vivant qui le purifie et l’élève par l’esprit.

Dans La cité antique, Fustel de Coulanges décrit l’ancestral culte des morts, fondation de toute religion ; ce culte consiste à élever au rang de divinité les ancêtres de la famille, c’est-à-dire que les vivants, en rendant sacrés les morts, n’en retiennent que les vertus, et les érigent en modèles de vie ; qui ne mène pas une vie vertueuse est non seulement vicieux, mais est également impie en ce sens qu’il ne respecte pas le modèle de ses ancêtres. Ce phénomène, que l’on retrouve dans l’oraison funèbre, semble universel : après la mort de quelqu’un, les vivants évoquent sa beauté et sa force, et non sa faiblesse ou sa laideur. C’est ce qu’évoque avec ironie Georges Brassens dans Le temps passé : « Une fois qu’ils ont cassé leur pipes / on pardonne à tous ceux qui nous ont offensé / les morts sont tous des braves types. » Il est courant de blâmer l’hypocrisie de cette attitude consistant à célébrer un individu malgré ses défauts, malgré qu’on ait eu des différends avec cet individu ; mais l’attitude cynique est facile et ne mène pas loin, c’est une attitude de demi-habile ; il y a, dans ce mépris des éloges funèbres, une ignorance du principe de la piété, qui consiste à s’élever vers le supérieur par la purification. La piété ne juge point ; elle élève. Alain, dans ses Préliminaires à la mythologie, insiste sur le fait que ses éloges ne sont pas arbitraires : « Ainsi nous honorons des vertus qui n’ont point existé ; mais ce n’est pourtant pas arbitraire ; l’un avait le courage et la force, l’autre la finesse, la prudence et le conseil ; tous avaient de beaux moments ; en sorte que l’amour ne se trompe pas plus ici qu’à l’égard des vivants eux-mêmes ; car, cherchant le meilleur, il cherche en somme ce qu’il y a de réel dans ces ombres incohérentes. » Les sociétés sont fondées sur la famille, le respect et l’admiration des morts ; ceux-ci, quoique disparus, ne continuent pas moins d’exister dans l’esprit des vivants, bien que ce soit sous une forme purifiée, améliorée. La formule d’Auguste Comte est célèbre et en dit beaucoup : « Les morts gouvernent les vivants ». Ces morts sont les vivants qui sont disparus, et qui, pour cela même, sont grandis ; en eux, nous voyons le meilleur de nous-même ; nous ne regardons pas l’homme particulier, mais la grandeur de l’Homme universel. Dans les oraisons funèbres, nous voyons sans cesse ce passage du particulier à l’universel faisant que nous nous sentons concernés par ces êtres qui sont pourtant morts il y a plusieurs siècles.

L’oraison funèbre ne doit pas être considérée comme une simple et hypocrite obligation sociale ; cette vue ne fait pas voir l’essentiel. Derrière l’exercice de rhétorique et la puissance dangereuse de l’orateur se trouvent le politique, la morale, la religion  ; ou, plus exactement, l’oraison funèbre présente un élan fervent vers le politique, la morale, la religion et tous les intérêts de l’Homme. Ce n’est pas un homme particulier que célèbre l’orateur lors des funérailles, c’est l’humanité tout entière, qui est comme reflétée par le mort grandi et purifié par les vivants. L’oraison funèbre anoblit et anime les vivants ; tel est son sens profond, telle est sa raison d’être. Malraux a tout dit lorsqu’il écrit : « Le tombeau des héros est le cœur des vivants. »

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