La pensée est comme un éclair

La pensée est comme un éclair dans une longue nuit ; mais c’est cet éclair qui est tout. 

Henri Poincaré

poincaré

Le monde a existé sans l’homme et il existera après l’homme. La pensée consciente d’elle-même, dont nous sommes si fiers, n’est qu’un phénomène temporaire. C’est une illusion de croire, à la manière des théologiens qui célèbrent Dieu pour mieux se donner une raison d’exister, que le monde ne pourrait exister sans qu’il y ait quelque part une forme de pensée pour l’admirer. Si on la considère avec détachement et froideur, en s’efforçant de se détacher de notre point de vue trop humain, la pensée n’est qu’un événement parmi d’autres événements de la longue histoire du monde, événement qui a un commencement et qui aura une fin.

Toutefois, malgré la vérité de ces assertions, ce n’est pas pour autant qu’il faut se complaire dans une attitude nihiliste et nier complètement l’importance de la pensée pour nous. Il ne faut pas céder aux personnes qui s’exclament à tout bout de champ : “A quoi bon ? A quoi bon vivre, a quoi bon travailler la pensée, à quoi bon faire progresser la science, puisque tout cela est destiné à périr dans l’oubli ? “ La pensée de la vanité de l’homme ne doit pas le paralyser et le laisser en proie à des doutes stériles qui nuisent à son activité intellectuelle.

La pensée est éphémère, mais elle ne se juge pas par sa temporalité. “C’est cet éclair qui est tout” : la plus grande noblesse est parfaitement exprimée dans cette formule. L’intensité de la pensée compense sa brièveté. Même soumis au temps, la pensée apporte du sens. Pendant un moment, le temps d’un éclair du point de vue de l’univers éternel, le monde aura été éclairé par des animaux capables de prendre du recul sur leur existence, de laisser de côté les questions plates de la survie, pour prendre conscience de leur propre vie et du monde dans lequel ils vivent, pour s’interroger sur l’origine et la fin,  pour déterminer un sens au monde. Même si l’aventure humaine s’arrêtait brutalement à cause d’un accident catastrophique (ce qu’il ne faut jamais exclure), la pensée garderait sa dignité et sa valeur. Nous pouvons à juste titre pris d’un sentiment orgueilleux de vertige lorsque nous considérons la puissance de la pensée, capable de s’étonner du monde environnant, de poser des interrogations existentielles ; cette capacité à errer dans les mystères du monde est le propre de l’homme. Faisons fi de ceux qui se laissent aller à négliger tout sens de la hiérarchie et qui ne sont pas convaincus de la supériorité de l’homme ; en pensant, dans un mouvement réflexif propre à l’homme, à notre propre pensée, nous savons que nous avons un privilège sur le reste de la nature. La pensée n’est pas un ornement, un luxe accordé de surcroît ; pour nous, c’est une fin en soi, c’est ce qui justifie à titre individuel notre existence et qui nous rend fiers de vivre. Nous mourrons, nous et toute notre espèce ; mais notre pensée aura su s’exercer, nous aurons envisagé avec enthousiasme les aspects du monde, nous aurons multiplié les conjectures et les efforts de l’intelligence ; la grandeur héroïque de la tentative efface la déception de ne pouvoir poursuivre notre quête jusqu’à son terme.

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