Refus de l’hétérogène et incompréhension du libéralisme

1. Le fonctionnement de notre intelligence tend à nous rendre invisible l’hétérogénéité des choses

La difficulté à tolérer ce qui est hétérogène pose des problèmes sociaux majeurs ; mais déjà dans le fonctionnement de la pensée chez l’individu, la compréhension et l’acceptation de l’hétérogène posent problème. L’homme tend, par la nature même de son intelligence, à réduire les différences du monde en les transposant en des identités. À force de voir ce qu’il y a de commun dans les choses, notre esprit, accoutumé à penser l’homogène, peine à apprécier la singularité des objets du monde :

Pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du langage. Car les mots (à l’exception des noms propres) désignent des genres. Le mot, qui ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal, s’insinue entre elle et nous, et en masquerait la forme à nos yeux si cette forme ne se dissimulait déjà derrière les besoins qui ont créé le mot lui-même.

Bergson, Le rire

Le problème décrit par Bergson est inhérent au fonctionnement normal de l’intelligence. Apprendre à comprendre le monde, c’est apprendre, en formant et en utilisant des concepts adéquats (les étiquettes des choses), à voir ce qu’il y a de commun en des éléments hétérogènes.Piaget-1965

C’est entre 2 et 4 ans, d’après les travaux célèbres de Jean Piaget sur l’épistémologie génétique, que l’enfant commence à développer la fonction sémiotique (ou symbolique) lui permettant de former des représentations abstraites des objets. Avec la faculté d’abstraction, l’enfant apprend à utiliser des concepts, acquis par le langage, en fondant dans une même représentation des éléments hétérogènes ; il apprend à appeler « oiseau » deux oiseaux pourtant différents ; sa compréhension du monde s’accroît à mesure qu’il parvient avec plus de précision à employer des concepts généralisateurs lui permettant de saisir ce qu’il y a de commun entre deux entités différentes du monde.

Aussi nécessaire que soit cette capacité de généralisation, elle peut diminuer l’acuité de notre perception du monde quand nous devenons trop les dupes de nos concepts. « Chaque mot est un préjugé » dit Nietzsche : en nous habituant à voir le monde dans le prisme de nos mots, on finit par ne plus voir l’essentiel, c’est-à-dire ce qu’il y a derrière les mots, les choses dans leur irréductible singularité. Pire encore, la confiance excessive dans les concepts peut engendrer des erreurs tenaces : ce qu’on appelle la métaphysique est le vaste champ des erreurs et des confusions nées d’un excès de généralisation, quand les concepts sont pris trop au sérieux, et que la méditation sur les mots a remplacé l’observation attentive du monde. Quand des concepts deviennent trop généraux  (pensons à tout le laïus amphigourique que les métaphysiciens ont fait avec des mots comme  « Dieu », « Être » ; « Néant » ; « Devenir » ; « Substance » ; « Vie » etc.), ils prennent une extension trop grande et sa compréhension devient trop limitée pour être d’une quelconque utilité pour la pensée ; entraîné par l’enthousiasme suscité par ces mots flasques, pompeux et trompeurs, l’esprit du métaphysicien détourne la pensée du réel.

Il y a donc des risques non négligeables à se laisser aller sans vigilance à la généralisation à tout va, risques dont il faut être conscient pour parvenir à bien penser. Utile pour conceptualiser le monde (car sans la capacité de généralisation la science elle-même serait impossible), la capacité de généralisation peut s’avérer rapidement abusive et nuisible dès lors qu’elle n’est pas limitée. C’est sans doute notre habitude à éradiquer l’hétérogène pour conceptualiser le monde qui tend à nous rendre si incapables de la comprendre et de l’accepter dans la vie pratique. Si nous peinons à voir et à apprécier l’hétérogénéité des objets autour de nous, il est encore plus difficile de comprendre les hétérogénéités des hommes entre-eux.

Ainsi, la capacité de généralisation, nécessaire et salutaire dans son usage cognitif à condition qu’elle ne se dégrade pas en délire métaphysique et ne nous empêche pas d’être sensibles aux singularités du monde, devient nuisible dès lors que l’homme s’en sert — souvent sans en avoir conscience — dans un usage axiomatique, quand il juge et bientôt écrase, à l’aune de son propre système de valeurs, des actions ou des pensées hétérogènes à son système.

2. Le refus de l’hétérogène dans la vie sociale et le pari du libéralisme

Un rapide regard jeté sur le passé relève l’étonnante incapacité des hommes à comprendre et à tolérer — les deux vont souvent ensemble — les comportements et les pensées hétérogènes aux normes en vigueur dans leur société. Dans l’extrême majorité des sociétés, le conformisme était la condition de survie de l’homme dans un milieu social où tout décalage par rapport aux coutumes était sévèrement et violemment puni. L’homme qui agit ou qui seulement émet des opinions s’écartant de la pente commune est considéré comme un ennemi de la société méritant un châtiment approprié.

Seules les sociétés occidentales sont parvenues au cours des siècles à s’affranchir progressivement de cette soumission aveugle à la tradition. Pour des raisons complexes et difficiles à déterminer, l’individu occidental s’épanouit en se distinguant et se différenciant de plus en plus des coutumes traditionnelles : il n’est plus — et ne veut plus être — le simple reflet de l’ordre social existant ; bien au contraire, il tend à s’émanciper de plus en plus de la tradition et de son homogénéité envahissante en affirmant fièrement sa différence et son droit légitime à vivre selon ses propres valeurs, fussent-elles hétérogènes aux normes de sa société.

Le développement de la philosophie libérale est parallèle à cette tendance à l’individualisation, transformant, pour parler comme Durkheim, les sociétés traditionnelles à solidarité mécanique en sociétés individualistes à solidarité organique, où, suite à une division plus accentuée du travail, chaque membre participant à la coopération sociale a une fonction plus spéciale et une vie privée plus personnelle. Avec l’apparition du libéralisme, une philosophie vient consacrer cette transformation et se propose de justifier la coexistence de valeurs hétérogènes voire contradictoires, permettant d’accepter les différences de l’autre sans vouloir pour autant modifier cette différence pour la faire rentrer dans un moule commun et homogène. Le libéralisme estime qu’il est contraire à la justice de brimer un individu sous prétexte qu’il s’écarterait trop de la tradition ; pourvu que le citoyen agit sans menacer l’ordre public, il doit être libre de se comporter et de conquérir son bonheur comme il l’entend. « Que l’autorité se borne à être juste, nous nous chargerons d’être heureux. » (Benjamin Constant)

Il faut bien voir toute l’audace de cette pensée conduisant à accepter que des éléments hétérogènes se fondent ensemble dans une société, qui, auparavant, n’était conçue que comme un tout homogène, où tous les éléments avaient l’obligation de rejoindre les buts de la société. Pour le dire plus concrètement : le libéralisme estime qu’il est juste de tout faire pour que dans une même société puissent vivre en paix des citoyens ayant des croyances, des pratiques,  des intérêts différents ou bien opposés ; mieux encore, le libéralisme fait le pari que cet entrelacement baroque d’éléments hétérogènes peut apporter un surcroît de richesses à toute la société. Une société libérale, en ouvrant des possibilités d’existence, diversifie les manières de vivre et multiplie par-là même son potentiel dans tous les domaines (artistique, religieux, économique, intellectuel etc.).

Toutefois, et contrairement à ce que l’on répète souvent, l’idéal libéral a toujours peiné à être pleinement accepté ; toujours apparurent des hommes qui, au nom d’un idéal collectif, voulurent homogénéiser une société qu’ils trouvaient déjà trop éclatée, trop « atomisée » comme ils disent. Encore aujourd’hui, notre société est largement sous la contrainte d’un idéal moral arbitraire, d’une conception du Bien ne disant pas son nom et qui n’en finit pas d’uniformiser et de contraindre les quelques individus souhaitant s’écarter du chemin commun. Nul autre n’a mieux décrit les dérives du moralisme contemporain que le génial Philippe Muray :

Le Bien est la réponse anticipée à toutes les questions qu’on ne se pose plus. Des bénédictions pleuvent de partout. Les dieux sont tombés sur la Terre. Toutes les causes sont entendues, il n’existe plus d’alternatives présentables à la démocratie, au couple, aux droits de l’homme, à la famille, à la tendresse, à la communication, aux prélèvements obligatoires, à la patrie, à la solidarité, à la paix. Les dernières visions du monde ont été décrochées des murs. Le doute est devenu une maladie. Les incrédules préfèrent se taire. L’ironie se fait toute petite. La négativité se recroqueville. La mort elle-même n’en mène pas large, elle sait qu’elle n’en a plus pour longtemps sous l’impitoyable soleil de l’Espérance de Vie triomphante. […]

Tous les cerveaux sont des kolkhozes. L’Empire du Bien reprend sans trop les changer pas mal de traits de l’ancienne utopie, la bureaucratie, la délation, l’adoration de la jeunesse à en avoir la chair de poule, l’immatérialisation de toute pensée, l’effacement de l’esprit critique, le dressage obscène des masses, l’anéantissement de l’Histoire sous ses réactualisations forcées, l’appel kitsch au sentiment contre la raison, la haine du passé, l’uniformisation des modes de vie. Tout est allé vite, très vite. Les derniers noyaux de résistance s’éparpillent, la Milice des Images occupe de ses sourires le territoire. Du programme des grosses idéologies collectivistes, ne tombent au fond que les chapitres les plus ridicules (la dictature du prolétariat au premier plan) ; l’invariant demeure, il est grégaire, il ne risque pas de disparaître. Le bluff du grand retour de flamme de l’individualisme, dans un monde où toute singularité a été effacée, est donc une de ces tartes à la crème journalistico-sociologique consolatoire qui n’en finit pas de me divertir. Individu où ? Individu quand ? Dans quel recoin perdu de ce globe idiot ? Si tout le monde pouvait contempler comme moi, de là où j’écris en ce moment, les trois cents millions de bisons qui s’apprêtent, à travers la planète, à prendre leurs vacances d’été, on réfléchirait avant de parler. L’individu n’est pas près de revenir, s’il a jamais existé.

[…] Dire ce qu’on pense est devenu périlleux. Même à titre farouchement privé. Tout ce qui ne peut pas être exposé publiquement sur un plateau ne devrait même pas être pensé. Dans les télédébats, la formule-clé, pour arrêter en plein vol, pour stopper quiconque pourrait être sur le point de lâcher quelque chose de très vaguement non aligné, de très obscurément non consensuel, de très légèrement non identifié (et toute idée qui ne vient pas du collectif pour y retourner aussitôt appartient à cette catégorie), la formule-clé, donc, est la suivante :« Ah ! oui, mais ça n’engage que vous, ce que vous dites là ! »Vous. C’est-à-dire une seule personne. C’est-à-dire, en somme, personne. L’Empire du Bien, ça tombe sous le sens, est d’abord l’Empire du combien.

Philippe Muray, L’empire du bien

Il en va de même dans le domaine économique. Alors que tant de personnes continuent à vitupérer l’ultra-néo-méchant-libéralisme économique, on voit sans cesse nos dirigeants prendre des mesures généreuses visant à homogénéiser l’activité économique au moyen d’une planification plus ou moins douce et agréable aux contribuables… La quantité extraordinaire de subventions accordées à ce qui ressemble fort à des corporations, alors que la dépense publique bat déjà tous les records, additionnée à l’interdit catégorique de l’État de voir émerger des start-up innovantes, ouvrant des possibilités nouvelles aux consommateurs et créant une concurrence saine stimulant l’ingéniosité de chacun — cela en dit long sur l’état du libéralisme aujourd’hui.

caricarture opinion

3. Jusqu’où peut-on tolérer l’hétérogène dans une société libérale ?

Il n’y a que les ignorants qui confondent le libéralisme avec le relativisme. Le libéralisme s’appuie dans son fondement même sur des principes qui fondent la possibilité de la vie en commun. Le libéralisme furieux « Mad max » sans aucune limite n’existe que dans la tête de Gérard Filoche et de ses épigones :

filoche

Tous les textes de la philosophie libérale soulignent au contraire avec insistance le fait que dans une société libérale, l’individu est libre dans la mesure seulement où il subordonne son activité aux règles communes de la justice. (La détermination précise de ces règles communes de justice est une question trop vaste pour être traitée ici).

Il est vrai qu’il n’y a pas de pire danger que le relativisme appliqué en société. Le relativisme nivelle tout, affirme la valeur intrinsèque et incomparable de chaque chose, sans apercevoir la nécessité de la mise en place de critère permettant de limiter les abus potentiels provenant de certaines pensées ou actions. L’acceptation de l’hétérogène ne doit pas être une résignation face à la pluralité étourdissante des opinions. L’exigence de vérité doit être maintenue. Le citoyen raisonnable, attaché aux mérites de la raison, combat à juste titre les superstitions abêtissantes comme l’astrologie, sans cependant vouloir punir publiquement les astrologues comme on le faisait au XVIIe siècle en France. Il est sans doute même un devoir de l’intellectuel, aimant sincèrement la vérité, d’éradiquer autant que possible les croyances fausses, tels le complotisme ou le créationnisme, ou le socialisme dans la mesure où la propagation de vieilles erreurs de ce genre ne peut que nuire aux individus d’une société. Mais son combat ne doit pas prendre la forme d’une légalité envahissante, contre-productive et contraire à la liberté d’expression, à la manière de l’inepte loi Gayssot.

Ainsi, dans une société libérale, on peut et on doit accepter les différences de désirs et de finalités des individus, pourvu que ces différences ne mettent pas en danger ce qui doit rester commun à chacun de nous : les principes de justice qui ordonnent et stabilisent la vie sociale. En effet, l’adhésion homogène aux principes de la justice est nécessaire, puisqu’elle est la condition de possibilité de la coexistence commune d’individus hétérogènes. L’homogénéité des principes de vie commune est le socle de base rendant possible le déploiement libre d’existences hétérogènes. Quand on s’attaque aux règles du jeu, on nuit au jeu lui-même. Un acte qui nuit aux principes de justice n’est pas simplement un acte révélant la singularité d’un individu ; c’est un acte qui tend à nuire au droit fondamental de chaque individu à vivre selon son bon vouloir. Un fanatique religieux n’est pas un homme dont la singularité mérite d’être respecté puisque dans le déploiement de sa différence avec les autres citoyens, il s’en prend à ceux, honnêtes, qui respectent les règles du jeu. Une seule question doit donc être posée quand on hésite à tolérer un comportement : « ce comportement nuit-il, d’une manière ou d’une autre, aux principes de la justice qui rendent possible la vie commune ? ». Qu’un couple homosexuel se marie, qu’une femme puisse louer son utérus par accord contractuel pour aider un couple à obtenir un enfant, qu’un homme en toute connaissance de cause prenne le risque de se droguer, qu’une start-up se déploie avec succès sur le territoire, n’est en rien contraire aux principes de la justice si l’on y réfléchit. Seules certaines valeurs et certains intérêts (dans le cas de la start-up) sont bousculés, mais ces valeurs et ces intérêts sont particuliers, propres aux individus qui les détiennent, et ne sauraient servir de norme pour tous les citoyens. Les personnes qui refusent de tolérer les faits évoqués refusent l’hétérogénéité légitime des hommes. En revanche, tolérer qu’un homme véhicule des menaces de mort, laisser libre sur un territoire des ennemis déclarés de la collectivité, menaçant ainsi le droit fondamental à la sécurité des citoyens, ce n’est pas tolérer conformément à l’idéal libéral l’hétérogénéité, c’est accepter aveuglément, sous l’emprise d’un relativisme néfaste, qu’une source de troubles puisse altérer notre vie en violant les règles du jeu social.

Le libéralisme conséquent conduit donc a une double exigence : exigence de l’acceptation de l’hétérogène afin d’enrichir les possibilités d’existence et exigence de la mise en place de limites strictes définies par des principes de justice, ou si l’on préfère ce vocabulaire, par d’indispensables règles du jeu social qui garantissent le bon fonctionnement harmonieux d’une société formée par des individus hétérogènes. Refuser la première exigence aboutit à un dirigisme liberticide ; refuser la seconde exigence conduit à un relativisme passéiste et résigné, où les insensés se permettent de nuire à la collectivité en toute impunité. C’est dire à quel point notre société actuelle aurait besoin d’une vraie cure de libéralisme bien compris, elle qui est dirigiste par son idéal moral contraignant ainsi que par son conservatisme économique interdisant à l’innovation de s’épanouir, et relativiste par sa peur d’éradiquer les fauteurs de troubles et ennemis avoués de la collectivité. Faire respecter les règles du jeu tout en laissant le plus grand espace possible de jeu aux citoyens honnêtes semble être l’idéal le plus pertinent qui doit nous animer pour améliorer la vie de tous au sein de la collectivité.

Peut-être qu’avant de réussir à tolérer ce qui est différent, il faut parvenir à comprendre ce qui est différent ; ainsi, il paraît urgent de cesser de se laisser conduire par « notre soif de généralités », comme le dit Wittgenstein, pour parvenir à être plus attentif, plus sensible et plus compréhensif face à la singularité hétérogène des objets et des personnes. C’est d’abord en parvenant à apprécier l’hétérogène dans l’exercice de notre pensée que nous parviendrons plus aisément par la suite à tolérer l’hétérogénéité sociale et apprendre à en bénéficier. Pour améliorer notre pratique, il faut d’abord améliorer l’usage que nous faisons de notre pensée ; apprendre à bien penser c’est apprendre à mieux vivre. Ainsi faut-il nous efforcer d’apprécier et de comprendre l’hétérogénéité des éléments du monde afin d’apprendre à être plus raisonnablement tolérants avec les comportements sociaux, qui, par leur différence avec les nôtres, heurtent souvent trop brusquement notre sensibilité. Ce n’est pas la molle compassion et les appels mielleux à la fraternité humaine qui nous rendront plus tolérants ; c’est l’exercice d’une intelligence attentive à la riche complexité du monde qui nous permettra d’améliorer la coexistence pacifique entre les hommes.

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