Synthèse sur le Discours sur les sciences et les arts (1750) de Jean-Jacques Rousseau.

Discours sur les sciences et les arts – Rousseau

Synthèse de lecture en vue d’un cours de terminale sur une œuvre au programme.

Le thème : le progrès des sciences et des arts et leur rapport à la vertu.
Le contexte du discours est important pour le comprendre. Il se situe dans une époque de bouleversements techniques et scientifiques. La phrase de Descartes résonne encore : « se rendre comme maître et possesseur de la nature ». Or Rousseau ne partage pas cet enthousiasme pour le soi-disant accroissement du savoir, le progrès technique, le développement du luxe et du confort… Néanmoins il ne s’agit pas de faire une critique telle que celle des Pères de l’Église où il faudrait mettre Dieu à la place de tous ces progrès.

Le problème : nous sommes victimes d’une illusion : le “progrès” technique et scientifique, l’amélioration du niveau de vie, nous laissent penser que nous vivons dans des sociétés bonnes qui rendent l’homme meilleur ; or nous ne constatons pas de progrès dans la vertu, dans les mœurs et la moralité des individus, au contraire… Le but est donc bien de s’entendre sur le sens et les usages du mot de progrès.

La thèse : le développement des sciences et des arts ne doit donc pas être confondu avec le développement de la vertu, qui est le souci de l’individu pour la communauté, pour ses semblables. Pire, les sciences et les arts auraient un rôle dans notre corruption, ils seraient à l’origine de nos vices antisociaux selon Rousseau.

Les sciences en question.

« L’astronomie est née de la superstition ; l’éloquence de l’ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge ; la géométrie de l’avarice ; la physique d’une vaine curiosité ; toutes, et la morale même, de l’orgueil humain. » Seconde Partie du discours.

La thèse de Rousseau est très forte dans ce texte : il s’agit de montrer que la genèse des sciences est en réalité non-scientifique et qu’elle est tirée des vices de l’homme. A cela on pourrait lui répondre qu’il faut peut-être y voir une positivité des passions sociales de l’homme qui, recherchant les honneurs ou la richesse par l’entreprise scientifique et technique, parvient, en croyant satisfaire uniquement son penchant égoïste, à un progrès profitable à tous. Cependant ce n’est pas le problème ici pour Rousseau, le problème est d’assurer un progrès moral véritable qui permette enfin des relations sociales et par là, la réalisation d’une communauté légitime et non pas un troupeau de bêtes cherchant à s’entre-tuer pour leur profit personnel.

« […] pour bien user de la science, il faut réunir de grands talents et de grandes vertus […] »

Les sciences et les arts ne sont pas un raccourci vers un monde meilleur. Ils peuvent y participer, mais sans travail sur lui-même, sans un effort pour se libérer de ses passions et de son orgueil, l’homme ne pourra jamais trouver le chemin de la vertu, quelles que soient ses avancées scientifiques.

Les arts.

Rousseau vise à la fois dans sa critique des arts ce qu’il y a d’artificiel dans nos rapports mais auxquels on accorde une trop grande importance ou un caractère naturel non-mérité (la politesse, le jeu social des apparences, les beaux discours, la démonstration de “l’esprit”…) ; mais aussi les avancées techniques nous incitant à l’oisiveté; et enfin, l’art au sens des Beaux-arts, qui contrairement à ce que l’on pense ne permet pas de développement du goût, mais aliène la populace qui ne peut comprendre les raffinements des artistes.

Points problématiques :

Rousseau ne dit pas qu’il est nécessaire de retourner dans les bois et de vivre en dehors de toute science. L’état du sauvage ou état antérieur à la société est révolu (s’il a jamais existé) et c’est un processus historique irréversible. Reste à savoir comment penser la société pour qu’elle soit véritablement une société, c’est-à-dire une communauté d’individus mus par la vertu, le souci de cette totalité.

Il est difficile de concevoir l’origine du malheur de l’homme : les sciences et les arts naissent-ils du vice inhérent à l’homme ou est-ce ces sciences qui nous rendent vicieux ?
L’origine se situerait dans l’inégalité introduite par l’entrée en société avec les passions sociales : « D’où naissent tous ces abus, si ce n’est de l’inégalité funeste introduite entre les hommes par la distinction des talents et par l’avilissement des vertus ». Mais aussi avec la propriété ; dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau écrit : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. ».

TL;DR :

Ce que Rousseau montre c’est que l’on ne peut pas attendre du simple progrès technique et scientifique, du développement des arts, qu’il en découle nécessairement un progrès moral, une prédominance de la vertu. C’est là le vrai progrès attendu en société, et qui donnerait au progrès scientifique tout son sens.

5 commentaires sur “Synthèse sur le Discours sur les sciences et les arts (1750) de Jean-Jacques Rousseau.

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    1. Ce sont, je crois, les fruits d’une éducation vertueuse pour chaque citoyen, qui résolvent tôt ou tard les vices qu’en leur esprit portent les plus futiles lumières que les progrès scientifiques ont substitués à l’amour de la patrie.

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      1. Et je songe qu’il n’est pas possible de faire un cortège utile à la société entière, avec d’un côté la science, et de l’autre la morale.

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