Méthodologie de l’explication de texte philosophique

1.Le travail de lecture

Avant de réfléchir à quoique ce soit, il faut lire plusieurs fois le texte à expliquer. Vous devez le relire jusqu’à ce que vous sentiez une certaine familiarité avec lui, quand vous vous sentez à l’aise avec l’argumentation de l’auteur. Certains textes sont écrits avec un style particulier et il faut de la patience avant de pouvoir espérer comprendre ce qu’a voulu dire l’auteur ; même les philosophes qui s’expriment avec le plus de clarté peuvent déconcerter quand on n’a pas pris le temps de suivre de près leur réflexion. Il faut donc impérativement se garder de toute précipitation, source principale des confusions et des erreurs grossières des candidats.

2.Le rôle du brouillon

C’est à vous et à vous seul de déterminer ce que vous écrirez sur votre brouillon. Il faut apprendre à connaître la méthode qui vous convient le mieux : certains sont plus efficaces en écrivant presque tout au brouillon ; d’autres n’écrivent que des mots-clefs pour orienter la rédaction au propre ; enfin, quelques téméraires – dont votre serviteur – aiment se risquer à rédiger l’explication de texte directement, sans passer par l’intermédiaire d’un brouillon. N’écoutez jamais ceux qui cherchent à vous imposer une méthode unique de travail ; essayez plutôt de tester plusieurs manières de faire, et choisissez ensuite celle qui vous convient le mieux.

N’écoute les conseils de personne, sinon du vent qui passe et nous raconte les histoires du monde.

Claude Debussy

3.Préparation de l’introduction

Avant de se lancer dans la rédaction de l’introduction, il est indispensable de déterminer cinq éléments essentiels du texte :

  • Le thème: de quoi parle le texte ? A quelles notions du programme peut-on rattacher l’argumentation de l’auteur ?
  • Le problème: quel problème philosophique l’auteur affronte-t-il dans cet extrait ? Quelle question fondamentale anime la réflexion de l’auteur ? (Le problème est souvent difficile à déterminer soit parce qu’il est subtil et implicite, soit parce que le texte semble aborder des idées trop diverses ; il faut alors s’efforcer de rendre explicite ce qui est implicite, et trouver l’unité cachée qui relie les différentes idées du texte.)
  • La thèse: quelle est la réponse de l’auteur au problème posé ? Comment l’auteur parvient-il à résoudre la question philosophique qui le préoccupe ?
  • Le plan: comment peut-on décomposer le texte ? Quelles sont les différentes étapes de l’argumentation ? Comment progresse la réflexion de l’auteur ?
  • Les enjeux: quel intérêt y a-t-il à suivre la réflexion de l’auteur ? Quel avantage peut-on tirer de la compréhension du texte ? Quelle grande question peut s’éclaircir grâce à l’extrait donné à étudier ?

4. Rédaction de l’introduction

La première impression est toujours essentielle : si vous ratez l’introduction, vous partez avec un fort désavantage dans votre devoir.

Il faut aller à l’essentiel, sans se perdre dans des fioritures rhétoriques superflues, mais sans négliger pour autant l’énonciation des éléments précédemment cités. Le but de l’introduction est donc de déterminer avec brièveté et efficacité le thème, le problème, la thèse, le plan et les enjeux du texte étudié. Outre la difficulté à se montrer exemplairement rigoureux face à des textes qui résistent à notre intelligence, il est nécessaire d’éviter au maximum la platitude du style. Prenez l’introduction de votre devoir comme les premières paroles de présentation que vous prononcez face à quelqu’un : pour faire bonne impression il faut être capable de se démarquer des autres en faisant preuve d’esprit de finesse. La finesse, comme le tact, ne s’apprend pas théoriquement ; ce n’est que en s’exerçant que l’on peut espérer l’acquérir.

Concrètement, cela signifie qu’il faut éviter de commencer l’explication de texte par des expressions trop banales du genre : « Le thème du texte est la conscience. Le problème du texte est… etc. »

5.Le développement

Dans chaque paragraphe du développement, il faut expliquer une idée importante du texte. En lisant et relisant les phrases exprimant l’idée en question, on trouvera toujours des éléments à expliciter :

  • Des concepts philosophiques dont le sens n’est pas évident et qui méritent un effort de définition (induction, transcendantal, empirique, contingent par exemple sont des termes qui doivent être définis).
  • Des interrogations posées par l’auteur, explicitement sous une forme interrogative, ou implicitement, qui alimentent le texte de problèmes spécifiques et méritant d’être explicités.
  • Des exemples utilisés par l’auteur mais dont la signification n’est pas évidente. On peut toujours se demander : pourquoi l’auteur prend cet exemple précis et pas un autre ? Il faut être capable de justifier le choix des exemples choisis par les philosophes.
  • Des raisonnements abstraits qui mériteraient d’être rendus plus concrets par un effort d’illustration. Quand les auteurs ne donnent pas d’exemples, c’est à nous d’en trouver à leur place pour rendre leurs réflexions plus concrètes.
  • Les articulations du texte par lesquelles l’auteur passe d’un argument à un autre. Pourquoi l’auteur passe-t-il de telle idée à une autre ? Il faut être capable de suivre et de retracer le cheminement de pensée de l’auteur en rendant compte de l’évolution logique de son raisonnement.

6. La conclusion

La conclusion est souvent bâclée par les candidats alors qu’il s’agit de la dernière impression que le devoir fera sur le correcteur ; pour éviter de terminer sur une fausse note, il est important de comprendre que le but de la conclusion est de rappeler le problème du texte en montrant comment l’auteur parvient à y répondre. On peut répéter brièvement les arguments majeurs de l’auteur à condition de ne pas s’y attarder inutilement et de ne pas trop se répéter. Une fois ce rappel fait, qui permet au correcteur de savoir si vous avez vraiment compris le sens du texte, vous pouvez essayer de prendre du recul sur le texte en comparant ses idées à celles d’autres auteurs ou en statuant vous-mêmes sur le problème abordé dans l’extrait, en mettant en évidence les qualités ou les défauts de l’argumentation étudiée. Cela ne signifie pas que l’on peut raconter tout et n’importe quoi ou que l’on peut faire une ouverture sur des sujets n’ayant presque aucun rapport avec le texte ; il faut toujours veiller à apporter des éléments qui complètent réellement le texte.

7. Apprenez à écrire !

Si vous comprenez un texte mais que vous êtes incapable de vous exprimer correctement à son sujet, vous ne parviendrez jamais à réellement l’expliquer. Il faut une rigueur à toute épreuve et une clarté lumineuse pour parvenir à rendre pleinement intelligible les textes philosophiques. Pour gagner ces qualités, il y a une seule méthode réellement efficace : la lecture des grands auteurs, et plus encore, l’écriture. Entraînez-vous à écrire régulièrement, et l’art du style – qui est aussi l’art de la pensée – viendra de lui-même.

Je vois dans les Mémoires de Tolstoï qu’à vingt ans il connaissait déjà les deux choses qui importent pour la formation de l’esprit. C’est-à-dire un emploi du temps et un cahier. Les idées viendront ensuite, dit-il. L’action d’écrire me paraît la plus favorable de toutes pour régler nos folles pensées et leur donner consistance.

Alain

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