Commentaire du propos d’Alain : “Il faut jurer”

Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. Tout homme qui se laisse aller est triste, mais c’est trop peu dire, bientôt irrité et furieux. Comme on voit que les jeux des enfants, s’ils sont sans règle, tournent à la bataille ; et sans autre cause ici que cette force désordonnée qui se mord elle-même. Dans le fond, il n’y a point de bonne humeur ; mais l’humeur, à parler exactement, est toujours mauvaise, et tout bonheur est de volonté et gouvernement. Dans tous les cas le raisonnement est serf. L’humeur compose des systèmes étonnants que l’on voit grossis chez les fous ; il y a toujours de la vraisemblance et de l’éloquence dans les discours d’un malheureux qui se croit persécuté. L’éloquence optimiste est du genre calmant ; elle modère ; c’est le ton qui fait preuve, et les paroles importent moins que la chanson. Ce grondement de chien, que l’on entend toujours dans l’humeur, est ce qu’il faut changer premièrement ; car c’est un mal certain en nous, et qui produit toutes sortes de maux hors de nous. C’est pourquoi la politesse est une bonne règle de politique ; ces deux mots sont parents ; qui est poli est politique.

L’insomnie là-dessus nous enseigne ; et chacun connaît cet état singulier, qui ferait croire que l’existence est par elle-même insupportable. Ici il faut regarder de près. Le gouvernement de soi fait partie de l’existence ; mieux, il la compose et l’assure. D’abord par l’action. La rêverie d’un homme qui scie du bois tourne aisément à bien. Quand la meute est en quête, ce n’est pas alors que les chiens se battent. Le premier remède aux maux de pensée est donc de scier du bois. Mais la pensée bien éveillée est déjà apaisante par elle-même ; en choisissant elle écarte. Or, voici le mal de l’insomnie ; c’est que l’on veut dormir et que l’on se commande à soi-même de ne point remuer et de ne point choisir. En cette absence du gouvernement, aussitôt les mouvements et les idées ensemble suivent un cours mécanique ; les chiens se battent. Tout mouvement est convulsif et toute idée est piquante. On doute alors du meilleur des amis ; tous les signes sont mal pris ; on se voit soi-même ridicule et sot. Ces apparences sont bien fortes, et ce n’est point l’heure de scier du bois.

On voit très bien par là que l’optimisme veut un serment. Quelque étrange que cela paraisse d’abord, il faut jurer d’être heureux. Il faut que le fouet du maître arrête tous ces hurlements de chiens. Enfin, par précaution, toute pensée triste doit être réputée trompeuse. Il le faut, parce que nous faisons du malheur naturellement dès que nous ne faisons rien. L’ennui le prouve. Mais ce qui fait voir le mieux que nos idées ne sont pas en elles-mêmes piquantes, et que c’est notre propre agitation qui nous irrite, c’est l’état heureux de somnolence où tout est relâché dans le corps ; cela ne dure pas ; quand le sommeil s’annonce ainsi, il n’est pas loin. L’art de dormir, qui peut ici aider la nature, consiste principalement à ne vouloir point penser à demi. Ou bien s’y mettre tout, ou bien ne pas du tout s’y mettre, par l’expérience que les pensées non gouvernées sont toutes fausses. Cet énergique jugement les rabaisse toutes au rang des songes, et prépare ces heureux songes qui n’ont point d’épines. Au rebours la clef des songes donne importance à tout. C’est la clef du malheur.

Alain, Propos sur le bonheur, Propos du 29 septembre 1923

Deux mots sur l’auteur :

Alain, pseudonyme d’Émile Chartier (1868-1951). Il s’agit d’un philosophe français s’inscrivant dans la tradition typiquement française des philosophes qui sont en même temps écrivain. Comme Rousseau, Montesquieu ou Bergson, Alain est non seulement un grand philosophe, mais également un grand écrivain. Philosophe cartésien, il insiste durant toute son œuvre sur la puissance de la volonté et du jugement. Ici, il s’agit d’un Propos. Alain fit du journalisme et décida d’écrire un Propos par jour. Ceci demande une puissance de volonté remarquable ; il y a un côté athlète chez Alain, ce qui était visible même sa carrure physique : il était, dit-on, d’un physique très imposant. Par ailleurs, c’est un philosophe qui volontairement a participé à la première guerre mondiale lorsqu’il était déjà âgé et alors qu’il n’était pas obligé de le faire. Philosophe du bonheur, il est pourtant un philosophe qui a vu les pires horreurs dont l’espèce humaine soit capable. Il serait en effet facile d’être pessimiste et misanthrope après avoir vu les désastres de la première guerre mondiale ; ce n’est pas ce que fit Alain, qui continua, jusqu’à la fin de sa vie, à affirmer un optimisme intransigeant. « Comme la fraise a le goût de fraise, la vie a le goût de bonheur”. On ne saurait imaginer une philosophie plus joyeuse. C’est sans doute pourquoi son œuvre la plus célèbre est la réunion de ses propos traitant du bonheur. Je recommande ce livre à tous ; indépendamment de son utilité pour traiter de la question du bonheur dans une dissertation, il peut servir de guide de vie, donner un peu de joie dans les moments de cafards, et surtout, exalter notre volonté, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus important pour conduire notre vie de la meilleure façon possible.

Indications scolaires :

Thèmes du texte : Le bonheur, l’optimisme, le combat de la volonté contre le pessimisme, contre les rêveries stériles, contre l’insomnie, contre l’irrésolution, contre le fatalisme et enfin contre les délires d’interprétation qui font le malheur de l’homme.

Problème du texte : Sur quoi se fonde le pessimisme, qui ruine notre espérance d’atteindre le bonheur, qui nous fait croire que tout va mal et qui nous pousse à ressasser des pensées stériles et malheureuses ? Par suite, comment peut-on combattre ce pessimisme nuisible sans sombrer dans un optimisme niais, stupide, et vecteur d’illusions dangereuses ?

Thèse du texte : Le pessimisme est entièrement fondé sur l’humeur, sur ce qu’il y a de bas et de passif en l’homme ; à l’inverse, l’optimisme véritable est fondé sur la volonté, sur l’action, sur le pouvoir que possède l’homme de se gouverner lui-même ; et c’est d’abord en jurant d’être heureux, ainsi qu’en refusant les tristes pensées qui nous assaillent perpétuellement, que l’on peut commencer par devenir effectivement heureux.

Commentaire :

1) Distinction de l’humeur et de la volonté :

L’humeur, étymologiquement, c’est le fait d’être mouillé. On appelait humeur toute substance liquide qui se trouve dans l’organisme. Par suite, le sens a pris un sens beaucoup plus général, il désigne désormais simplement un état du corps plus ou moins durable. L’essentiel est que le mot humeur renvoie au corps et plus précisément aux fluctuations instables du corps. Donc, et c’est très important, quand Alain dit que le pessimisme est d’humeur, il veut dire que le pessimisme s’appuie sur les variations instables du corps qui nous empêchent de nous gouverner nous-mêmes. Humeur a ici un sens assez étendu puisqu’il désigne l’ensemble des états du corps qui modifient notre comportement. Agir par humeur, c’est agir selon les impulsions de son corps, c’est se laisser aller à la part animale de son être ; c’est l’opposé exact de la volonté. La volonté est une notion très importante en philosophie et très difficile à définir, mais, pour le dire le plus simplement possible, on peut dire que la volonté est la puissance intérieure par laquelle les hommes se déterminent à agir. En somme, c’est la faculté de l’action. C’est pourquoi il y a une forte opposition ici entre l’humeur, qui représente le règne de la passivité, et la volonté, qui nous fait agir, qui fait que nous sommes actifs, qui fait que nous sommes maîtres de nous-mêmes. C’est la volonté qui nous différencie des animaux ; à proprement parler, l’animal, puisqu’il suit son instinct et qu’il ne peut sortir de ce cercle étroit,  a des désirs, des inclinations, mais n’a pas de volonté. Donc, si vous avez bien compris, vous devez avoir déduit que la thèse d’Alain consiste à affirmer que le pessimisme consiste à regarder ce qu’il y a d’animal et d’inférieur dans l’homme, au lieu que l’optimisme consiste à élever les yeux vers ce qui fait la grandeur de l’homme, sa capacité de vouloir et à se gouverner soi-même. D’un côté, misère de l’homme, de l’autre, grandeur de l’homme.

2) Réquisitoire contre la passivité de l’humeur

Les humeurs ce sont les fluides du corps qui agissent sur notre comportement. Quand on manque de sommeil, on dit, selon la belle expression, que l’on est mal luné. Alors tout nous irrite pour n’importe quoi. Quand on est malade, on souffre dans notre corps, et on impose cette souffrance aux autres ; on essaye pas, on ne veut pas essayer de faire taire la souffrance, on s’abandonne à la souffrance et aux tourments. Il est important de dire qu’on ne se gouverne jamais selon ses humeurs, mais l’on est toujours gouverné par nos humeurs ; on est passif. Les exemples des hommes gouvernés par l’humeur sont nombreux. Ainsi, si un homme est habitué d’être irrité par le bruit des voitures, à s’énerver au moindre de ses bruits, et s’il ne prend pas la décision, au fond de lui-même, de cesser de se mettre en colère pour si peu de chose, on peut dire qu’il est gouverné par l’humeur : il n’a pas la force de vouloir aller contre son humeur, contre ce que lui dicte aveuglément son corps.

Le pessimiste s’abandonne à ces états du corps ; il ne cherche pas à les dépasser. Du coup, son comportement est sans ordre, le corps ne suit pas une ligne directrice précise, il demeure dans une passivité non seulement stérile, mais encore nuisible et attristante. C’est parce que l’humeur est essentiellement passivité qu’Alain dit qu’il n’y a point de bonne humeur. L’opposition à faire n’est pas entre les bons états du corps et les mauvais, puisqu’ils sont de toute façon inconstants et qu’ils ne sauraient être des fondements sûrs du bonheur, mais bien entre ce qui est de l’ordre de la passivité et ce qui est de l’ordre de l’activité, c’est-à-dire entre l’humeur, le corps d’une part et la volonté, le gouvernement de soi d’autre part. Ce qu’il faut à tout prix éviter, c’est la servitude de la partie noble de notre être, la capacité de raisonner et de décider. Mais dans le règne de l’humeur et de la passivité, “le raisonnement est serf”.

3) Dompter l’humeur

Cependant, l’humeur est là. Elle s’impose à nous. Ce n’est certes pas de bonté de coeur que nous nous levons du mauvais pied. Il faut faire avec. Comment dompter cette partie de nous-mêmes si importante en nous et qui semble si profondément nous influencer dans notre comportement quotidien ? Tout d’abord, cesser de chercher des preuves. Le pessimisme, et le règne de l’humeur, trouve rapidement des preuves qui vont dans le sens de la vision malheureuse de l’existence. Le misanthrope sera toujours déçu par les autres hommes ; il se construit des règles d’interprétation qui lui feront toujours voir la méchanceté des hommes dans n’importe quel signe humain. Le fou offre la caricature de l’homme passif gouverné par l’humeur parce qu’il est tout à fait mécanique, il n’a pas de volonté, il s’abandonne à sa propre logique irrationnelle ; il est assez proche de l’animal en ce sens. Au contraire, l’objectif à atteindre, si nous voulons être actifs et heureux, est de devenir maître de son propre animal, afin d’être autre chose qu’animal. L’inférieur porte le supérieur. Commençons par maîtriser l’inférieur, c’est-à-dire notre corps, et nous aurons accès au supérieur, c’est-à-dire à l’esprit, esprit libre, esprit qui commande, esprit qui veut et accomplit.

Dompter l’humeur, il le faut. Oui. Mais comment ? D’abord en utilisant des remèdes physiologiques. Calmer le ton, détendre son corps, se reposer. Le signe de la prière apaise ; c’est l’inverse de l’homme qui serre le poing. Regardez les méditations des moines bouddhistes : ils commencent par dompter leur corps avant de dompter leur pensée. Tous ces mouvements du corps ne sont pas de purs apparats ; ils ont des conséquences effectives. De plus, ces mouvements du corps sont contagieux. D’où l’importance de la politesse. Il y a, dit Alain autre part, un devoir d’être heureux. L’homme heureux transmet sa joie. Au contraire le malheureux transmet sa peine. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que la nécessité d’être poli oblige à se gouverner soi-même, à retenir ses mauvais penchants, et, en somme, à se redresser soi-même. L’homme poli participe donc au bonheur de tout un chacun ; il contribue modestement au bonheur de la cité ; il est politique en ce sens. Le citoyen souriant est un bon citoyen.

4) Éloge de l’action

L’exemple le plus frappant des malheurs qu’engendrent la passivité, c’est l’insomnie. Quand nous n’arrivons pas à dormir, nous ne faisons rien, si ce n’est désirer le sommeil. On se sent alors submerger par un sentiment d’absurdité ; on se trouve ridicule. L’homme a horreur de ne rien faire. L’homme est toujours en mouvement. On comprend alors pourquoi l’homme qui ne fait rien et qui s’ennuie trouve rapidement le malheur. Cioran passait son temps dans son appartement parisien à méditer sur sa vie, sur ses malheurs, sur ses angoisses, sur son ennui ; il ne travaillait pas, il n’exerçait pas sa volonté ; il était enfermé dans le cercle de la passivité. “L’homme qui médite est un animal dépravé” dit Rousseau. L’homme est fait pour agir, et quand il s’éloigne de sa nature, il devient malheureux. En général, les personnes tourmentées par des passions destructrices, ce sont des personnes qui ne travaillent pas, qui ne scient pas du bois ; ils passent leur temps à contempler leur propre être, à condenser leurs émotions, à ressasser leurs pensées, à former des passions. Les héros de romans romantiques sont rarement des ouvriers… L’homme qui travaille n’a pas le temps d’angoisser ; il est tout dans ce qu’il fait, et c’est un bien. Mais il ne faudrait pas accuser la pensée en elle-même. La bonne pensée, qui est la pensée éveillée, qui est une pensée sûre d’elle-même et déterminée, qui va dans une direction précise, cette pensée là peut être dite active. Elle est elle-même une action. Ainsi l’écrivain formule des pensées par son art ; mais en écrivant, il ne rêvasse pas, il agit, sa pensée n’est pas errante et malheureuse. Balzac ne rêvassait pas lorsqu’il écrivait la Comédie Humaine ; il sciait du bois, si l’on peut dire. Bien penser, c’est écarter les mauvaises pensées parce qu’on dirige son attention vers une seule pensée ; on se prévient des malheurs intrinsèque à l’errance des mauvaises rêveries. Cette vertu de l’action, même Cioran, notre pessimiste, le reconnaît : “Quand il m’arrive d’être occupé, je ne pense pas un instant au “sens” de quoi que ce soit, et encore moins, il va sans dire, de ce que je suis en train de faire. Preuve que le secret de tout réside dans l’acte et non dans l’abstention, cause funeste de la conscience.”

5) Description de l’insomnie

Le drame de l’insomniaque, c’est que c’est sa peur de ne pas s’endormir ou son désir de s’endormir qui est la cause même de son insomnie. L’effort de dormir écarte le sommeil. Cela s’explique aisément. Pour dormir, il faut être détendu, être inattentif, relâcher notre attention ; il ne faut pas être crispé, mais, au contraire relâché. Ceci est vrai pour le corps comme pour l’esprit. Il faut tout laisser retomber en soi ; il faut que tout soi délié en soi. Pour dormir, on a besoin de détendre tous ses muscles et la pensée elle-même ; on a besoin d’être absent aux problèmes du monde, de réussir à mettre momentanément de côté nos soucis. Dormir, c’est fuir temporairement le monde pour mieux le retrouver au réveil. Or, l’insomniaque, dès lors qu’il pense à son sommeil, qu’il cherche son sommeil, se place dans des conditions défavorables à l’apparition de Morphée, puisqu’il se crispe, puiqu’il dirige son attention vers l’idée du sommeil, qui précisément ne demande aucune attention. L’homme qui dort bien est l’homme qui parvient à ne plus penser. Cela se fait naturellement lorsqu’on est un homme actif, non un sédentaire, et que notre corps se sent réellement épuisé : les meilleurs sommes sont faits après une journée d’effort. Au contraire, l’insomniaque pense, et il pense mal. À moitié éveillé, à moitié endormi, il ne peut que penser mal et mal interpréter tout ce qu’il prend en considération. Il n’y a pas d’insomniaque heureux.

6) Puissance effective de l’optimisme

Jurer d’être heureux, c’est une idée étonnante. Étymologiquement, le bonheur, c’est la bonne heure, c’est-à-dire la chance. Le bonheur ne dépendrait donc pas de nous. Mais ceci reflète une fausse conception du bonheur. Le seul véritable bonheur, c’est le bonheur conquis et voulu par l’homme. Le bonheur ne se reçoit pas comme on gagne à la loterie ; il n’y a pas de bonheur sans efforts, sans obstacles à franchir, sans conquête. “C’est la peine qui est bonne” dit Diogène le cynique. Le bonheur de l’athlète est un modèle. Mais pour commencer à être athlète, il faut le vouloir ; mieux, il faut se faire un serment de l’être, ce qui revient à se jurer que l’on fera tout ce qui est en notre pouvoir pour l’être véritablement. Quand on jure d’être heureux, on veut dire qu’on ne va pas se contenter de désirer le bonheur et de l’attendre passivement et bêtement, mais bien qu’on va se donner tous les moyens possibles pour l’atteindre et le conquérir. L’optimiste, c’est l’homme qui aspire au bonheur et qui est conséquent avec lui-même ; le bonheur, il le veut, et il fera tout pour l’obtenir. L’homme heureux est toujours un homme résolu.

La force de l’optimisme se comprend dès lors que l’on s’aperçoit que l’optimisme n’est pas une constatation objective du monde qui cherche des preuves ; c’est un élan venant de la volonté de l’homme et qui a des effets concrets dans son rapport au monde. “C’est du bonheur, si tu veux, que le corbeau t’annonce” dit Épictète. La bonne espérance change l’événement. La confiance en soi change concrètement notre action sur le monde. Ce n’est pas simplement une différence de vue, ce n’est pas simplement deux paires de lunettes différentes, dont l’une serait rose et l’autre noir. C’est un fait que l’homme qui espère et qui a confiance réussit toujours mieux que l’homme qui désespère et qui manque de confiance en lui. D’où des cercles vicieux chez les hommes qui manquent d’espérance et des cercles vertueux au contraire chez les hommes qui ont de l’espérance. Passage d’un autre propos d’Alain (28 janvier 1913) est éclairant : “Si je crois que je vais tomber, je tombe ; si je crois que je ne puis rien, je ne puis rien. Si je crois que mon espérance me trompe, elle me trompe. Attention là. Je fais le beau temps et l’orage en moi d’abord ; autour de moi aussi, dans le monde des hommes. Car le désespoir, l’espoir aussi, vont de l’un à l’autre, plus vite que ne changent les nuages. Si j’ai confiance, il est honnête ; si je l’accuse d’avance, il me vole. Ils me rendent tous ma monnaie, selon la pièce. Et penser bien encore à ceci, c’est que l’espérance ne tient que par volonté, étant fondée sur ce qu’on fera si on veut, comme paix et justice ; au lieu que le désespoir s’installe et se fortifie de lui-même par la force de ce qui est.”

Par ailleurs, l’optimisme, fondé sur la volonté, l’action, et la résolution, est le meilleur remède à l’ennui et au fatalisme. L’homme qui s’ennuie est l’homme qui, étant irrésolu, ne sait pas quoi faire, et ne fait rien. “L’irrésolution est le pire des maux”. Le remède est de ne pas vouloir agir à moitié. On travaille ou l’on se repose ; on fait les devoirs ou on se pose devant la télé ; on médite sérieusement sur un problème, ou l’on va se coucher. C’est la seule manière d’être efficace et d’être heureux en agissant, parce qu’on cesse de mal interpréter les pensées non gouvernées, nées de l’humeur, venant du fond de notre corps. Le comble du pessimisme est de vouloir interpréter les songes, c’est-à-dire nos pensées inconscientes et non gouvernées. Le freudisme est un réductionnisme dangereux parce qu’il est une idolâtrie du corps et de ce qu’il y a de bas en l’homme ; et ce, d’autant plus qu’il propose un système d’interprétation qui exagère l’importance de ces petits mouvements du corps sans importance en tant que tels. L’homme heureux se moque bien de ces apparitions nocturnes ; il se concentre sur sa vie d’homme éveillé ; il sait ce qu’il veut, et il sait que ce n’est pas au tréfonds de son corps qu’il trouvera satisfaction, mais bien plutôt dans sa conquête consciente et voulue du monde qui s’impose à lui tous les jours. L’optimisme véritable, qui est l’optimisme de volonté et conquérant, triomphe de ces tristes tentatives de réduire l’homme à un sac de peau sans grandeur.

Conclusion :

Être triste, c’est facile ; c’est s’abandonner ; c’est refuser de se gouverner ; c’est se laisser glisser de la pente. Au contraire, il faut comparer l’homme heureux à l’homme qui s’élève d’une montagne ; c’est dur ; cela exige une volonté et une résolution forte. Tristesse est facile et bonheur est difficile. Toutes les justes idées du bonheur viennent de cette première idée ; et l’analyse des cas montre que le malheur nous vient toujours d’un refus de se diriger, d’un manque de foi envers soi-même, d’un défaut d’énergique volonté qui nous laisse misérablement descendre la triste et fade pente de l’humeur, c’est-à-dire de ce qu’il y a de plus spontané et de moins libre en notre nature.

“À chaque instant, une vie neuve nous est offerte. Aujourd’hui, maintenant, tout de suite, c’est notre seule prise.” (Idées)

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