Juger une organisation politique – Pareto

Il ne faut pas se laisser entraîner par un sentiment de pessimisme exagéré et condamner en bloc toutes les organisations parce qu’elles ont des défauts ou des vices. Il faut seulement se rappeler que rien n’étant parfait en ce monde, pas plus les hommes que leurs organisations, on ne doit pas préconiser des systèmes ou prendre des mesures supposant précisément cette perfection, qui n’existe pas. On ne saurait juger d’un système social d’une manière absolue, par l’application d’un petit nombre de règles de droit et d’éthique, on ne peut en donner qu’un jugement relatif, en le comparant à d’autres systèmes. Empruntant son langage à la mécanique, nous dirons que le mouvement social n’est pas entièrement libre, il s’effectue à travers des obstacles, et il s’agit de déterminer non un maximum absolu mais un maximum relatif, tel que le permettent les obstacles et les liaisons.

On ne doit donc pas approuver une organisation donnée seulement parce qu’on lui découvre des qualités, ni la condamner seulement parce qu’on lui reconnaît des défauts. C’est le propre des esprits primitifs de simplifier ainsi les questions ; pour ces esprits, il n’existe pas de milieu : une organisation est excellente, ou abominable. C’est ainsi que dans les drames populaires, toute ombre manque au tableau, on n’y voit que de sublimes honnêtes hommes ou d’affreux criminels. En réalité, toutes les organisations réelles sont un mélange de bien et de mal, et, pour les comparer, il faut résoudre des problèmes difficiles et souvent fort compliqués ; ainsi qu’il arrive d’ailleurs généralement quand on doit substituer l’analyse quantitative à l’analyse qualitative.

On est généralement injuste pour les gens qui gouvernent un pays parce qu’on ne tient pas assez compte des difficultés au milieu desquelles ils sont contraints d’évoluer. Il y a parmi ces gens beaucoup plus d’hommes de bien, désintéressés et désirant sincèrement la justice que ne le croient ou ne veulent le faire croire les partis d’opposition. Mais il est impossible à ces hommes honnêtes d’aller directement au but, pour réaliser ce qu’ils estiment être le bien du pays. Il leur faut nécessairement biaiser, pour tenir compte de tous les intérêts en jeu. C’est à juste titre que l’on a dit que la politique était l’art des transitions. Or, à suivre toujours des sentiers détournés, on finit souvent par manquer son but, et c’est ce qui explique comment des hommes politiques très honnêtes et bien intentionnés finissent souvent par faire le mal au lieu du bien.

Vilfredo Pareto

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