Wittgenstein critique de Freud – Sélection de textes

  • Moi aussi, j’ai été très impressionné lorsque j’ai lu Freud pour la première fois. Il est extraordinaire. — Bien sûr, il est plein d’idées qui ne sont pas nettes, et son charme et le charme de son sujet sont tellement grands que vous pouvez aisément être mystifié. Il souligne toujours quelles grandes forces dans l’esprit, quels puissants préjugés travaillent contre l’idée de la psychanalyse, mais il ne dit jamais quel charme énorme cette idée a pour les gens, exactement comme elle en a un pour lui. Il peut y avoir de puissants préjugés qui vont contre l’idée de découvrir quelque chose de dégoûtant, mais c’est parfois infiniment plus attrayant que repoussant. A moins que vous ne pensiez très clairement, la psychanalyse est une pratique dangereuse et malpropre, et elle fait un mal infini et, comparativement, très peu de bien. (Si vous croyez que je suis une vieille demoiselle — réfléchissez-y à nouveau !) Gardez donc bien toute votre tête.

  • La sagesse est quelque chose que je n’attendrais jamais de Freud. L’astuce, assurément ; mais non la sagesse.

  • Freud a rendu un mauvais service avec ses pseudo-explications fantastiques (précisément parce qu’elles sont ingénieuses.) N’importe quel âne a maintenant ces images sous la main pour expliquer, grâce à elles, des phénomènes pathologiques.
  • Freud prétend constamment être scientifique. Mais ce qu’il fournit est de la spéculation — quelque chose qui est antérieur même à la formulation d’une hypothèse.
  • Il se passera beaucoup de temps avant que nous perdions notre soumission obséquieuse à la psychanalyse.
  • Son explication fait ce que fait l’esthétique : elle met deux facteurs l’un à côté de l’autre.
  • Lorsque nous rions sans savoir pourquoi, Freud prétend qu’il peut trouver la réponse par la psychanalyse. Je vois ici une confusion entre une cause et une raison. Être au clair sur la raison pour laquelle vous riez n’est pas être au clair sur une cause. Si c’était le cas, alors l’accord avec l’analyse donnée du mot d’esprit comme explication pourquoi vous riez ne serait pas un moyen de la détecter. Bien entendu, nous pouvons donner de causes pour votre rire, mais quant à savoir si ce sont en fait les causes cela n’est pas révélé par le fait que la personne soit d’accord pour dire qu’elles le sont. Une cause est découverte expérimentalement. La façon psychanalytique de découvrir pourquoi une personne rie est analogue à une recherche esthétique. La différence entre une raison et une cause peut être explicitée de la façon suivante : la recherche d’une raison entraîne comme une partie essentielle l’accord de l’intéressé avec elle, alors que la recherche d’une cause est menée expérimentalement.
  • Ce que Freud dit sur l’inconscient à l’air d’être de la science, mais en fait c’est simplement un moyen de représentation. Il n’est pas vrai que de nouvelles régions de l’âme aient été découvertes, comme ses écrits le suggèrent. L’exposition des éléments d’un rêve, par exemple un chameau (qui peut vouloir dire pratiquement n’importe quoi), est une exposition de comparaisons. Comme en esthétique, les choses sont placées l’une à côté de l’autre de façon à exhiber certaines caractéristiques. Celles-ci jettent une lumière sur notre façon de considérer un rêve ; il y a des raisons pour le rêve. En permettant à quelqu’un de découvrir les raisons du rire la psychanalyse fournit uniquement une représentation de processus.
  • Lorsque, comme dans le cas de Freud on s’empare d’une généralisation, et que maintenant la recherche se poursuit, des restrictions sont introduites. Les rêves ne sont pas seulement des réalisations de désir, ils sont fondamentalement ou quant à leur essence des réalisation de désir. Il voulait trouver une explication quelconque qui montrerait ce qu’est le rêve. Il voulait trouver l’essence du rêve. Il aurait rejeté toute suggestion qu’il avait raison en partie, mais pas complètement. S’il avait eu partiellement tort, cela aurait signifié pour lui qu’il avait complètement tort — qu’il n’avait pas trouvé l’essence du rêve.
  • La chose caractéristique dans le cas d’une théorie de ce genre est bel et bien qu’elle considère un cas particulier, clairement intuitif, et dit : « Cela montre comment les choses sont de façon générale ; ce cas est le modèle de tous les cas » — « Naturellement! Cela doit être ainsi », disons-nous et nous sommes satisfaits. Nous sommes parvenus à une forme de présentation qui nous frappe comme une évidence.
  • Prenez la conception de Freud selon laquelle l’anxiété est toujours la répétition sous une certaine forme de l’anxiété que nous avons éprouvée à la naissance. Freud n’établit pas cela en référence à des preuves — car il ne pourrait pas le faire. Mais c’est une idée qui exerce une attraction prononcée. Elle a le caractère attrayant qu’ont les explications mythologiques, les explications qui disent que tout cela est une répétition de quelque chose qui s’est produit antérieurement. Et lorsque les gens acceptent ou adoptent cela, alors certaines choses semblent beaucoup plus claires et faciles pour eux.

 

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